La Langue Portugaise, le Brésil, la Lusophonie, La Mondialisation Linguistique:                
Un Nouveau Regard                

Solidarité entre Langues : Francophonie - Lusophonie

Aujourd’hui encore l’écrivain français reste captif d’une illusion : l’universalité de sa langue. Car entre le Siècle des Lumières et les deux guerres mondiales, les élites politiques, diplomatiques et culturelles pratiquaient le français et entretenaient avec nos auteurs un commerce plus ou moins intime. Sic transit gloria mundi. Désormais c’est une langue dérivée de l’anglais qui assure le lien entre les peuples du monde, leurs gouvernants, leurs communautés scientifiques, leurs créateurs. D’où la prise de conscience, tardive, de la nécessité de valoriser de l’espace francophone. Dont acte. Nous avons encore le privilège de disposer dans une langue véhiculaire qui peu ou prou s’écrit et se parle sur les cinq continents. Mais cet espace récapitule en majorité des pays économiquement faibles – et sa défense implique une solidarité avec les tenants des autres langues véhiculaires. Le combat pour la diversité linguistique doit donc être commun.
Pour un écrivain français, il passe par une connivence prioritaire avec les langues issues du latin. A ce égard, la lusophonie, qui s’est organisée sur le plan politique au même moment que la francophonie, nous concerne de près. De très près même, pour deux raisons : l’importance de la communauté portugaise en France, le rayonnement croissant du Brésil. Le Portugal, membre comme la France d’une Union Européenne qui lui a permis de sortir d’une longue phase de marginalité, est comme la France un pays de culture latine, catholique et ouvert sur l’océan atlantique. Ses élites sont encore largement francophones, et souvent francophiles à l’instar de Mario Soares, membre du Haut Conseil de la Francophonie. Il serait précieux que nos élites deviennent lusophones, ce qui implique une meilleure présence du portugais dans le système scolaire français. Voilà un choix politique qui me paraît d’autant plus nécessaire que le Brésil, pays phare de la lusophonie, exerce depuis toujours, sur nos imaginaires, une immense fascination. Le succès de l’année du Brésil en France a illustré une sympathie qui va au-delà de l’imagerie convenue (football, samba, etc.) et peut enfanter toutes sortes de liens politiques, économiques et culturels. Mais pour que la magie du mot « Brésil » dans le cœur du peuple français ne s’en tienne pas au folklore, il faut que la langue portugaise soit aussi familière à un écrivain ou à un diplomate que l’italien ou l’espagnol. Tel n’est pas le cas. Exigeons mutuellement de nos gouvernants qu’au cœur de la latinité un espace lusitano-francophone s’affirme concrètement. J’aimerais que dans une génération, tout lettré français ait lu Machado de Assis comme il a lu Unamuno ou Leopardi. Alors, le soleil d’un avenir commun se lèverait par miracle à la même heure au Havre et à Bahia, à Bordeaux et à Rio. J’ai très envie d’y croire et je ne suis pas le seul : dans un monde menacé de normalisation brutale, les métissages culturels s’imposent pour que le mot espérance ne soit pas un « hope » banal.

Denis Tillinac

Solidaridade entre Línguas Latinas : Francofonia - Lusofonia

Ainda hoje o escritor francês permanece cativo de uma ilusão : a universalidade de sua língua, já que, entre o Século das Luzes e as duas Guerras Mundiais, as elites políticas, diplomáticas e culturais que praticavam o francês, mantinham com nossos autores um comércio mais ou menos íntimo. Sic transit gloria mundi. Doravante é uma língua derivada do inglês que assegura o elo entre os povos do mundo, governos, comunidades científicas, criadores. Daí uma conscientização, tardia, da necessidade de valorizar o espaço francófono. É o que se constata. Ainda temos o privilégio de dispor de uma língua veicular que mal ou bem é escrita e falada nos cinco continentes. Mas este espaço congrega, em sua maior parte, países economicamente fracos – e sua defesa implica numa solidariedade com os defensores de outras línguas veiculares. O combate em prol da diversidade linguística deve portanto ser comum.
Para um escritor francês, ele passa por uma conivência com as línguas derivadas do latim. Em relação a esta questão, a lusofonia, que, no plano político, organizou-se no mesmo período que a francofonia, diz-nos respeito de perto. Até mesmo de muito perto, por duas razões : a importância da comunidade portuguesa na França e a influência crescente do Brasil. Portugal, membro como a França de uma União Européia que lhe permitiu sair de uma longa fase de marginalidade, é como a França um país de cultura latina, católica e aberto para o Oceano Atlântico. Suas elites ainda são amplamente francófonas, e muitas vezes francófilas como Mário Soares, membro do Alto Conselho da Francofonia. Seria necessário que nossas elites se tornassem lusófonas, o que implica numa melhor presença da língua portuguesa no sistema escolar francês. Eis aqui uma decisão política que me parece ainda mais necessária se levarmos em conta o fato de que o Brasil, país de ponta da lusofonia, exerce desde sempre, nos nossos imaginários, um imenso fascínio. O êxito do ano do Brasil na França ilustrou uma simpatia que ultrapassa as imagens de conveniência (futebol, samba, etc.) e pode propiciar todos os tipos de elos políticos, econômicos e culturais. Mas para que a magia da palavra « Brasil » no coração do povo francês não se limite ao folclore, é preciso que a língua portuguesa seja tão familiar a um escritor ou a um diplomata como o italiano ou o espanhol. Isso não é o caso. Exijamos mutuamente de nossos governos que no coração da latinidade um espaço lusitano-francófono afirme-se concretamente. Oxalá, em uma geração, todo homem de letras francês tenha lido Machado de Assis assim como leu Unamuno ou Leopardi. Então, o sol de um futuro comum nascerá milagrosamente na mesma hora no Havre e na Bahia, em Bordéus e no Rio. Tenho muita vontade de acreditar nisso e não sou o único : num mundo ameaçado pela normalização brutal, as mestiçagens culturais impõem-se para que a palavra esperança não seja um « hope » banal.

Denis Tillinac
Traduit par Claudia Poncioni-Mérian



Denis Tillinac


Né en 1947 à Paris, Denis Tillinac est écrivain, journaliste et directeur des éditions de la Table Ronde (depuis 1989). Depuis Spleen en Corrèze (1979), il a publié, plus d'une trentaine de livres (essais, chroniques, livres de voyage, romans), dans un style alerte, nerveux, ironique, parfois impertinent, ou sensible et attentif quand il le faut, qui lui vaudra de nombreux prix littéraires.

Il est tantôt le peintre de la jeunesse (L'été anglais , Robert Laffont, 1983), de ses enthousiasmes, de ses états d'âme et de ses indécisions (Incertains désirs, Gallimard, 2005), tantôt le reflet d'une bourgeoisie aux racines provinciales, fragile et menacée (Maisons de famille, Robert Laffont, 1987; L'hôtel Kaolac, Robert Laffont, 1991), ou l'observateur de comportements d'une société tropicale qui vit un temps immobile (Le Bar des Palmistes, éd. Arléa, 1989), ou ceux, plus agités d'une certaine élite parisienne (Dernier verre au Danton, éd. de la Table Ronde, 1996), tantôt un penseur qui nous livre des réflexions mélancoliques autour du monde tel qu'il va ou autour de la politique (Les masques de l'éphémère, éd. de la Table Ronde, 2000).

Il entretient un rapport privilégié entre sa Corrèze natale en particulier et la Francophonie en général (De la Corrèze au Zambèze, éd. de la Table Ronde, 1990). Il connaît bien l'Afrique qu'il a sillonnée de 1995 à 1998, lorsqu'il était conseiller du Président de la République Jacques Chirac pour la Francophonie et son représentant personnel auprès des pays francophones.

Il reçoit , en 1982, Le Prix Libre pour Le Bonheur à Souillac; en 1983, le Prix Roger-Nimier pour L'Eté anglais (Robert Laffont); en 1987, le Prix Kleber-Haedens pour Maisons de famille (Robert Laffont); en 1990, les Prix Jacques-Chardonne et Prix Littérature et Tourisme, pour La Corrèze et le Zambèze (Robert Laffont); en 1993, le grand prix de Littérature sportive pour Rugby Blues et en 2005, pour l'ensemble de son œuvre, Le Grand prix de Littérature Henri Gal de l'Académie Française.

Autres romans : L'Ange du Désordre, Robert.Laffont, 1985; Le spleen à Daumesnil, éd. La Dilletante, 1985; Un léger malentendu, Robert Laffont, 1988; le retour de d'Artagnan, Robert Laffont, 1992; Le jeu et la Chandelle, Robert Laffont, 1994; Don Juan, Robert Laffont, 1998; Un jour de Bonheur, Robert Laffont, 1999; En désespoir de cause, Gallimard, 2003.