La Langue Portugaise, le Brésil, la Lusophonie, La Mondialisation Linguistique:                
Un Nouveau Regard                

L’Enseignement du Portugais à l’ENA et les Grandes Ecoles

 

Je vais commencer par une brève présentation de l’Ecole Nationale d’Administration

I. L’ENA recrute et forme la haute fonction publique de l’état. Cette mission est menée en étroite relation avec l’avenir national, européen et mondial de la France.

Ses enseignements laissent une large place aux questions internationales. C’est une des raisons pour lesquelles de nombreuses langues sont proposées au concours d’entrée, de sortie et pendant la scolarité, 14 au total. Il va s’en dire que pour ces futurs hauts fonctionnaires, les langues représentent un atout professionnel et peuvent même être décisives dans le choix de leur futur poste.

 

II. Le portugais a été crée à l’ENA en 1978 par Madame Solange Parvaux, qui était Inspectrice Générale de portugais. Il était important que le portugais fût reconnu comme langue internationale et langue du futur, au plus haut niveau de l’état. En effet, le portugais dans les années 80 était peu enseigné et enfermé dans une image négative de l’émigration. Il fallait lui donner le même statut que les autres langues, afin que les élèves puissent choisir cette langue et s’en servir dans tous les niveaux d’étude du secondaire au supérieur.

Il était essentiel que cette langue fût présente dans les examens ainsi que dans les concours de haut niveau. Donc, la mise en place du portugais à l’ENA a valorisé cette langue et fut et continue d’être pour les élèves un atout professionnel.

J’ai recueilli trois témoignages d’anciens élèves de l’ENA pour vous montrer à quel point le choix du portugais en LV1 a été pour eux aussi bien un choix de cœur qu’un choix de raison :

Le premier témoignage est de Eric Garandeau que j’ai eu comme élève. Il est aujourd’hui Inspecteur des finances :

Je cite :
« Le choix du portugais comme langue étrangère est un choix de cœur aussi bien qu’un choix de raison. J’en ai fait l’expérience en prenant le portugais comme première langue à l’Ecole Nationale d’Administration, après avoir hésité avec l’anglais. Bien m’en a pris de céder a mon attrait naturel pour la langue et la culture lusophones, car j’ai pu bénéficier de cours « taillés sur mesure », au lieu de « prêt-à-porter » des langues très pratiquées qui font l’objet d’un enseignement plus industriel. En outre la maîtrise de cette langue m’a permis de réaliser deux expériences très intéressantes à l’étranger, l’une dans une entreprise brésilienne à Rio de Janeiro, l’autre auprès de l’ambassadeur de France à Lisbonne. En deux mots, le choix du portugais permet de marier l’utile à l’agréable.

Le deuxième témoignage est de Nathalie Nitivenko, actuellement conseiller adjoint à la représentation permanente à Bruxelles

Je cite:
" Je m'appelle Nathalie Nikitenko, et j'ai choisi d'apprendre le portugais à l'ENA et d'en faire ma première langue étrangère. Ce choix a d'abord été guidé par ma volonté de privilégier l'apprentissage à l'ENA d’une nouvelle langue car en langues, il était (du moins lorsque j'y étais) proposé un large choix et les moyens mis à notre disposition étaient conséquents !
Aussi, plutôt que de parfaire mes connaissances en anglais (ce qu'il est plus facile de faire par la suite, même en travaillant) j'ai fait le choix d'apprendre une nouvelle langue et de découvrir la culture de nouveaux pays. Cette volonté m'a d'ailleurs immédiatement servi, car, sachant que j'étais prête à apprendre la langue, la direction m'a envoyé en stage au Brésil.
A plus long terme, connaître le portugais peut paraître inutile lors de sa vie professionnelle. Je viens, en effet, de passer 4 ans au ministère du travail où je n'ai pas eu à parler de langue étrangère.
Toutefois, dès ma recherche de mobilité, j'en ai à nouveau ressenti l'utilité : par exemple, on m'a proposé un poste de conseiller aux affaires sociales pour le Portugal et l'Espagne. Cependant, j'ai préféré le poste de conseiller social adjoint à la représentation permanente à Bruxelles, que j'occupe actuellement.
J'ai l'occasion de pratiquer à nouveau le portugais avec mes collègues de la représentation permanente de ce pays, dont l'un ne parle qu'anglais. Je trouve que parler le portugais est extrêmement positif : cela montre qu'au delà de l'anglais - qui demeure nécessaire -, nous sommes prêts à apprendre d'autres langues, tout comme mes collègues (notamment les espagnols, les portugais) ont également fait l'effort d'apprendre le français !!) »

Le troisième témoignage est de Patrick Branco, actuellement en poste à la mairie de Paris.

Je cite:
" Les cours de langue portugaise que j'ai suivi à l'E.N.A m'ont vraiment permis de découvrir la richesse de la grammaire portugaise. Je comprenais parfaitement la langue mais faisais de nombreux gallicismes que vous avez corrigés! Cette maîtrise de la langue portugaise, à l'écrit comme à l'oral, peut certainement m'aider à intégrer les institutions européennes après mon passage à la Ville de Paris ou à me positionner sur un poste en relation avec le Brésil.
Dans tous les cas, le fait de parler la langue portugaise et d'apprécier la diversité de la culture lusophone constitue un formidable atout dans un monde où les pays de langue portugaise prennent une place de plus en plus reconnue"

Je tiens aussi à vous parler de la présence dans chaque promotion de l’ENA d’une quarantaine de fonctionnaires étrangers qui suivent les mêmes cours que nos élèves français. Depuis sa création, l’ENA a formé des milliers d’élèves étrangers dont le réseau contribue au rayonnement de la France à l’étranger. Chaque année des élèves étrangers s’inscrivent au cours de portugais. Il s’agit d’hispanophones d’Amérique latine, pour la plupart ce sont des fonctionnaires originaires des pays qui font partie du Mercosul (des argentins, des paraguayens et des uruguayens mais aussi des colombiens et des mexicains). Une fois rentrés dans leur pays, ces élèves occuperont des fonctions dans l’administration publique et seront appelés à travailler avec leurs homologues brésiliens, de ce fait, le portugais représente pour eux un atout considérable. N’oublions pas que le Brésil concentre plus de trois quarts du produit intérieur brut des pays membres du Mercosul ce qui représente 77% de l’économie du marché commun du cône sud d’Amérique du Sud.

 

III. Epreuves du concours d’entrée à l’ENA.

Pour permettre un recrutement diversifié des hauts fonctionnaire, l’ENA a crée trois concours destinés à trois publics différents ( Concours Externe pour les étudiants , concours interne pour les fonctionnaires ou agents publics, troisième concours pour des personnes ayant exercé une activité publique ou ayant la qualité d’élu).

Les trois concours comportent une épreuve de langue identique à l’admission : épreuve orale à partir d’un texte.

Les coefficients de l’épreuve orale de langue à l’admission sont respectivement pour les trois concours de 3 sur 16 coefficients à l’externe, 3 sur 19 à l’interne et trois sur 15 au 3ème concours. Les langues pèsent de tout leur poids dans ce concours

 

IV .L’enseignement des langues à l’ENA :

Les élèves étudient deux langues pendant leur scolarité ( langue I , langue 2) L’objectif de l’enseignement des langues à l’ENA est de donner aux élèves un niveau élevé dans une première langue et un niveau utile dans une deuxième langue, afin de leur permettre une utilisation professionnelle des deux langues dès la sortie de l’école.

Dans cette perspective, les enseignements de langue, pendant les périodes d’études sont orientés vers l’utilisation active des langues dans un contexte professionnel. En cours, les élèves, dans l’optique d’une pratique communicative, étudient et écoutent des textes qui portent sur l’actualité de l’année .

En LV1 les élèves ont 2 h 30 de cours par semaine, 2 h en LV2

 

V.Les épreuves de sortie :

LV1: les élèves passent une épreuve écrite (coeff2) dans laquelle ils présentent et commentent un texte enregistré, et un test de compréhension d’un dossier en langue étrangère de 8 pages)
Epreuve orale (coeff 2) ils commentent un texte écrit à l’oral

LV2: (coeff 2) la note de travaux se compose d’une note d’assiduité pour 50% et d’un contrôle qui a lieu à la fin de la scolarité pour 50%.

 

Conclusion :

Il y aura une réforme en 2006 à l’E.N.A qui portera sur les langues et nous espérons que le portugais, langue à dimension internationale et appelé à jouer un rôle de plus en plus important sur la scène mondiale continuera à être enseigné.

 



Michèle Suberviolle


Michèle Suberviolle est professeur Agrége de portugais.
Elle enseigne le portugais en second cycle, depuis 1976, au lycée Louis Pasteur depuis 1976. Elle est par ailleurs chargée de cours à l'ENA depuis 1994 et, de 2000 à 2004, chargée de cours à l'IECS, à Strasbourg.
Depuis 1998, elle est chargée de mission (aide - IPR).
Elle a participé, comme coordinatrice éditoriale, à l'élaboration, d'une méthode pour l'enseignement du Portugais, par la Chanson, et dans un contexte culturel, « Cantar, viajar, falar », édité par le CRDP de Strasbourg".