La Langue Portugaise, le Brésil, la Lusophonie, La Mondialisation Linguistique:                
Un Nouveau Regard                

O Outro que Fala Minha Língua

Somos um e somos múltiplos, os que falamos a língua portuguesa. Fomos navegantes, descobridores, descemos a costa da África, passamos além do Bojador, enfrentamos o mostrengo do fim do mar, subimos ao Índico, passamos pelo estreito de Malaca, ganhamos os mares da China. Com São Francisco Xavier, no navio do Trato, viajamos de Goa a Nagasaki. Deixando palavras e recolhendo palavras, transformamos a língua de Nossa Senhora em idioma de cultura universal.

Nascida nas serras e campos do extremo ocidental da Europa, nossa língua logo afirmou seu destino: ser uma língua de pioneiros. Conosco foi a língua franca do mercadejo nos litorais da África e do sul da Ásia, foi a língua de corte, a exemplo do que sucedera com o francês na Europa do século XVII, em reinos africanos como os do Benim, do Congo e do Warri, deu palavras e modos de dizer a numerosas línguas, do ioruba ao japonês, marcou profundamente não só o vocabulário mas também a sintaxe de idiomas como o papiamento e o urrobo, criou novas línguas, como os crioulos de Cabo Verde, de Casamansa, da GuinéBissau, de São Tomé e Príncipe e de Ano Bom, e os papiás de Málaca, do Ceilão, de Macau, do Timor e da Índia.

A língua portuguesa ganhou nossas orelhas e nossas bocas, ficou. Ficou, enriquecendose. Pois foi sempre, desde quando se movia nas quilhas dos navios, um idioma aberto às influências das mais várias geografias e dos mais diferentes falares.

Quando não encontramos mais mares e nem terras a falamos pelos mares das terras do Brasil. Avançamos com ela pelos planaltos africanos. Nos espalhamos num imenso espaço territorial, que é dos mais amplos do mundo em que se fala o mesmo idioma. E falamos nossa língua com invulgar unidade, uma unidade que se superpõe aos regionalismos que o enriquecem. Em qualquer lugar, nos compreendemos, personagens de um mesmo mundo, com um só falar em nossos múltiplos falares.

Antes da ciência, rompemos os limites da idéia de raça, fizemos da mestiçagem uma expressão cultural. Incorporamos formas de sentir e de expressar nascidas da adaptação do gênio português às culturas americanas, africanas e asiáticas. A diversidade somou à unidade, não a prejudicou. Num mundo dividido

José Sarney


L'autre qui parle aussi ma Langue

Nous sommes un et nous sommes multiples, nous qui parlons la langue portugaise. Nous avons été navigateurs, découvreurs, nous avons descendu la côte d’Afrique ; nous avons doublé le Cap Bojador ; nous avons affronté le monstre au fin fond des mers ; nous avons remonté l’Océan Indien ; nous avons passé le détroit de Malaca, nous avons atteint les mers de Chine. Avec Saint François Xavier, à bord du bateau marchand, nous avons voyagé de Goa à Nagasaki. Laissant des mots, recueillant des mots, nous avons transformé la langue de Notre Dame en un langage de culture universelle.

Née dans les montagnes et les campagnes de l’extrémité occidentale de l’Europe, notre langue s’est affirmée dès le début, comme une langue de pionniers. Avec nous ; elle a été la langue franche du petit commerce sur les côtes d’Afrique et au Sud de l’Asie ; elle a été, suivant l’exemple du français dans l’Europe du XVIIe siècle, langue de cour dans des royaumes africains, comme le Bénin, le Congo ou Warri ; elle a légué des mots et des expressions à de nombreuses autres langues, du yoruba au japonais ; elle a marqué profondément, non seulement le vocabulaire, mais aussi la syntaxe de langues comme le papiamentu et le « unobo »; elle a créé de nouvelles langues, comme les créoles du Cap Vert, de la Casamance, de la Guinée-Bissau, de São Tomé e Principe, de Ano Bom, ou les parlers de Malaca, de Ceylan, de Macau, de Timor et de l’Inde.

La langue portugaise a conquis nos oreilles et nos bouches, elle est restée. Elle est restée, elle s’est s’enrichie. Elle a toujours été, depuis le temps où elle se pratiquait dans les coques des bateaux, un idiome ouvert aux influences des géographies les plus variées et des parlers les plus divers.

Quand nous n’avons plus trouvé de nouvelles terres ni de nouvelles mers, nous l’avons parlée sur l’immensité des terres du Brésil. Avec elle, nous avons avancé sur les hauts plateaux africains. Nous nous sommes répandus sur un immense territoire, qui est l’un des plus vastes du monde où l’on parle le même idiome. Et nous avons parlé notre langue avec une rare unité, une unité qui se superpose aux régionalismes qui l’enrichissent. Quel que soit le lieu, nous nous comprenons, hommes d’un même monde, avec une même langue dans nos langues multiples.

Avant la science, nous avons aboli les limites de l’idée de race, nous avons fait du métissage une expression culturelle. Nous avons incorporé, des manières de sentir et de nous exprimer, nées de l’adaptation du génie portugais aux cultures américaines, africaines et asiatiques. La diversité s’est ajoutée à l’unité, elle ne lui a pas porté préjudice. Dans un monde divisé.

José Sarney
Traduction de Solange Parvaux



José Sarney


José Sarney naît à Pinheiro dans le Maranhão (Brésil) en 1930. Après des études de droit, il est élu député à l'âge de 24 ans.
Dès 1953, il publie "A pesca do curral" (essai) et, en 1954, "A canção inicial" (poésie). Il mènera toujours parallèlement sa carrière politique et ses activités littéraires.
Gouverneur de son État, en même temps qu'il est élu, en 1980, à l'Académie brésilienne des lettres, sénateur, puis vice-président, il accède à la présidence de la République du Brésil en 1985 qu'il quittera en 1990. Il a été alors le grand artisan dc la redémocratisation du Brésil, l'un des principaux acteurs du processus encore en route de l'intégration latino-américaine à travers le Mercsud et, en 1989, lors d'une réunion à São Luís do Maranhão, les sept chefs d'État des pays de langue portugaise, à l'origine de la création de la Communauté des Pays de Langue portugaise à Lisbonne, en 1996.
Journaliste, essayiste, poète et romancier, auteur de plusieurs ouvrages de genres littéraires différents, l'écrivain José Sarney jouit d'une renommée internationale. Certaines de ses œuvres sont traduites dans plusieurs langues, dont le français : - un recueil de nouvelles « au-delà du fleuve », traduit pas Jean Orecchioni (Stock 1989 et réédité en livre de poche à La Table Ronde, en 2005. Taduit en 9 langues;
- deux romans « O Dono do mar », avec préface de Jorge Amado (1995), traduit « Capitaine de la mer Océane » (même traducteur) (Hachette 1997) et réédité en livre de poche par les éditions de La Table Ronde (2004). Traduit en cinq langues;
Saraminda, (traduit par Monique Le Moing) a été publié au Brésil en 2000, puis traduit en France en 2002 (éd. Quai Voltaire) et réédité en 2003, en livre de poche aux éditions Gallimard (Folio).

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