La Langue Portugaise, le Brésil, la Lusophonie, La Mondialisation Linguistique:                
Un Nouveau Regard                

Saer (1)

            El momento del encuentro conoce variaciones de todo tipo y es uno de los motivos narrativos que dan cuenta del cruce de la escritura de las lenguas ibéricas y el silencio de los signos de poblaciones que se apagaron hasta el olvido.
            En la que aquí nos interesa, una nave llega a playas del Río de la Plata y la expedición es atacada; un joven marino español es capturado por los indígenas que lo dispensan del sacrificio y le permiten vivir entre ellos. Años después, el sobreviviente regresa a su tierra y a la lengua materna. Luego de varias peripecias entre hombres de iglesia y comediantes, en el ocaso de la existencia, como otros guerreros de la conquista, decide acercar memoria y escritura para entender algunos episodios de la juventud. Nuestro personaje cautivo busca dilucidar el misterio urdido entre lo visto y lo evocado. Ello es lo que cuenta la novela El entenado de Juan José Saer, que es de las versiones más removedoras de ambas orillas de la lengua castellana. A los hechos teñidos de primitivismo los impregna de una perplejidad ligada a los oscuros orígenes del universo, las pulsiones y el enigma de la muerte. En cierto instante la búsqueda del narrador alcanza una iluminación poética. Dice así:
            "De mí esperaban que duplicara, como el agua, la imagen que daban de sí mismos, que repitiera sus gestos y palabras, que los representara en su ausencia y que fuera capaz, cuando me devolvieran a mis semejantes, de hacer como el espía o el adelantado que, por haber sido testigo de algo que el resto de la tribu todavía no había visto, pudiera volver sobre sus pasos para contárselo en detalle a todos. Amenazados por todo eso que nos rige desde lo oscuro, manteniéndonos en el aire abierto hasta que un buen día, con un gesto súbito y caprichoso, nos devuelve a lo indistinto, querían que de su pasaje por ese espejismo material quedase un testigo y un sobreviviente que fuese, ante el mundo, su narrador."
            El pasado 11 de junio la narrativa en lengua española perdió a uno de sus grandes; la muerte de Juan José Saer deja interrumpida una de las expediciones más ambiciosas de la literatura contemporánea, pero también una suma de crónicas dando testimonio de esa maravillosa empresa y de una mirada irreductible sobre el mundo. Hay motivos para la tristeza, y para estar alerta, pues con Saer se reinicia el misterio infrecuente que une vida y escritura, el tiempo y la lectura según lo entiende el paso de las generaciones.

Juan Carlos Mondragón

(1) Juan José Saer, argentin (né à Santa Fé en 1937 et mort à Paris en juin 2005) a vécu à Paris à partir de 1968. Il est l'autre pour les espagnols, et s'est interrogé dans le roman El entenado (sur cette langue qui unit désormais les deux rives de l'océan)


Saer

            Le moment de la rencontre fait l’objet de variations de toute sorte, et c’est l’un des motifs narratifs qui rendent compte du croisement de l’écriture des langues ibériques et du silence des signes émis par des populations désormais éteintes jusqu’à l’oubli.
            Dans le récit qui nous intéresse ici, un navire arrive au littoral du Rio de la Plata et l’expédition est attaquée ; un jeune marin espagnol est capturé par les indigènes qui lui épargnent le sacrifice et lui permettent de vivre parmi eux. Des années plus tard, le survivant retrouve son pays et sa langue maternelle. Après diverses péripéties parmi d’hommes d’église et comédiens, au déclin de son existence, comme d’autres guerriers de la conquête, il décide de rapprocher mémoire et écriture afin de comprendre quelques épisodes de sa jeunesse. Notre personnage captif cherche à élucider le mystère tissé entre ce qui a été vu et ce qui a été évoqué.
            Voilà ce que raconte le roman El entenado (Le beau-fils) de Juan José Saer, qui est l’une des versions les plus troublantes des deux rives de la langue castillane. Les faits teintés de primitivisme sont imprégnés d’une perplexité liée aux origines obscures de l’univers, aux pulsions et à l’énigme de la mort. À un moment donné, la quête du narrateur atteint une illumination poétique. Il dit ceci :
            « Ils attendaient de moi que je reflète, comme l’eau, l’image qu’ils donnaient d’eux-mêmes, que je répète leurs gestes et leurs paroles, que je les représente en leur absence et que je sois capable, lorsqu’ils me restitueraient à mes semblables, de faire comme l’espion ou l’éclaireur qui, parce qu’il a été témoin de quelque chose que les autres membres de la tribu n’ont pas encore vu, peut revenir sur ses pas pour le leur raconter à tous en détail. Sous la menace de ce qui nous régit depuis l’obscurité, en nous maintenant à l’air libre jusqu’à ce qu’un beau jour, sur un geste subit et capricieux, nous soyons rendus à l’indistinct, ils voulaient que de leur passage par ce mirage matériel demeure un témoin et un survivant qui serait, à la face du monde, leur narrateur. »
            Le 11 juin dernier (2005), le récit en langue espagnole a perdu une de ses grandes voix : la mort de Juan José Saer laisse en suspens une des expéditions les plus ambitieuses de la littérature contemporaine, mais aussi une somme de chroniques qui rendent témoignage de cette merveilleuse entreprise et d’un regard irréductible sur le monde. Il y a des raisons d’être triste, et d’être en éveil, car avec Saer se renouvelle le rare mystère qui unit vie et écriture, le temps et la lecture comme le comprend la marche des générations.

D’après Juan Carlos Mondragón



Juan Carlos Mondragón


Juan Carlos Mondragón nació en Montevideo en el año 1951. Doctor en ciencias de la Información (Barcelona) y en Letras (Sorbonne Nouvelle), reside en París y enseña la literatura latinoamericana en la Universidad de Lille III.
Su producción comprende ensayos, cuentos y novelas. Ha trabajado sobre las obras de Joaquín Torres García, Juan Carlos Onetti y la tradición literaria rioplatense.
Los últimos títulos de ficción publicados son: Le principe de Van Helsing (Seuil, 2004), Pasión y olvido de Anastassia Lizavetta (Planeta, 2004) y El misterio Horacio Q (Planeta, 2005).